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Loirsirs créatifs : c’est moi qui l’ai fait

Article sur Marie Ficelle paru dans le supplément Victor du jounal Le Soir. PAR DIDIER D’ARTOIS, CATHERINE DEGAN, ARAZ GULEKJIAN, MARIE VAN DEN SROECK, LAURENT VAN ROEY ET ISABELLE WILLOT

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Ne dites plus : bricolage, dites : loisirs créatifs. Après des années de quasi-clandestinité honteuse, le " do it yourself " prend sa revanche, envahissant boutiques, stages, ateliers, édition, émissions. Exit les napperons de grand-mère et le macramé baba. La tendance mêle toutes les techniques, tous les âges, presque tous les publics. Bienvenue dans l’univers des [doigts de] fées.

Aux confins d’Ixelles et de Watermael, à deux pas de la gare champêtre chère à Paul Delvaux, s’est ouvert, en novembre 2002, un lieu entièrement réservé aux loisirs créatifs ; « Marie Ficelle », Appellation originale et très contrôlée pour un magasin où l’on peut également suivre des formations. Un magasin ? Plutôt une caverne d’Ali Baba bigarrée, l’île aux trésors des bricoleurs, un studieux capharnaümüm d’objets, d’accessoires, d’outils, un savant désordre de matières et de couleurs qui ouvre les appétits inventifs. Un lieu de vie et de création où l’on peut prendre le pouls d’un phénomène en vogue.

Poussons la porte... Face à nous s’ouvre le théâtre de Marie. En apparence désordonné, le lieu en impose, plutôt solennel avec sa mezzanine, dont la rambarde de fer forgé domine dignement les quatre côtés. L’endroit servait déjà à la décoration intérieure dans les années 30, quand les Beulemans ou les Coppenolle venaient y choisir les tissus de leur canapé, le papier peint de leur séjour. C’était avant Ikea et les Brico Centers. Entre-temps, c’était devenu une sorte d’entrepôt poussiéreux, mais Marie l’a en quelque sorte rendu à son destin.

Pourquoi les yeux se mouillent-ils, discrètement ? Les senteurs de colle, de plasticine, de peinture, de vernis et de bois frais 7 Non, il n’y a pas d’allergie : c’est la nostalgie de l’enfance qui vous serre la gorge...

L’inventaire de Prévert

Et c’est l’enfant, qui n’est jamais tout à fait mort en vous, qui pousse vers les rayonnages. Il est toujours curieux, le gamin. Avide de palper enfin le magot d’Onc’ Picsou. Et il faut dire que ça brille, chez Marie. La pacotille d’antan attire.

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Des perles aux cristaux mordorés irisent entre des perles aux tons criards. Tout blinque dans les casiers de bois. Et, du bout des doigts, à la mode d’Amélie Poulain, on se surprend à titiller les perles noires. Des papiers très fins aux motifs surannés, aux tons chatoyants ou aux ornements floraux sont posés sur un présentoir. Des boîtes, des pots et des plateaux d’un carton incolore sont exposés à côté d’un étal foisonnant de lacets de cuir, de boutons nacrés, de coquillages patiemment classés. Sur les tablettes pullulent des colles, des peintures, de petits outils complexes dont on a peine à concevoir l’usage. Des grands bocaux regorgent d’émaux de Briare. Sur une table, des petits pots de verre renferment leurs cohortes de pierres. Des pochoirs aux formes hétéroclites sont pendus à une vulgaire corde. Une noble étagère sertit une panoplie de cachets. Des centuries de pots de peinture, alignées comme au défilé, déclinent les couleurs de l’arc-en-ciel, et toutes les nuances qu’elles enfantent. Et l’alchimie est parfaite : des vernis craquelants savent vieillir des objets retapés ; des peintures transforment le plâtre ou le bois en mosaïque, en grès ou en calcaire, et là où d’autres osent la dorure, certaines couleurs flottantes marbrent, dit-on. Des serviettes en papier, des tissus colorés, une théorie de produits adhésifs, du strass, des paillettes, des rubans, des fermoirs, des couronnes d’osier, des bougies, des colorants, des gommettes, du carton ondulé, de la terre glaise, tous les atours du grimage et au milieu de tout ça, bien sûr. abondance de ficelles. Comme disait Brassens, » pour un tel inventaire, il faudrait un Prévert »...

Ou Marie, peut-être. Marie Gatz, notre hôte. C’est elle, Marie Ficelle. Intarissable sur chacune de ces techniques, elle vous explique avec passion comment elle a redonné vie à une poubelle, achetée deux sous cinquante sur une brocante. Elle montre comment elle a décoré un tabouret avec du papier Décopatch, ce papier si fin qu’il épouse la forme des objets Il vaut mieux le déchirer que le découper, explique Marie, on voit moins les raccords. Et puis il faut mettre une couche de vernis-colle en dessous, puis une autre au-dessus. Elle n’est pas avare de ses idées, non plus : quand elle reçoit un faire-part de naissance ou de mariage elle l’utilise pour animer le fond d’un plateau, qu’elle décore ensuite, puis qu’elle vernit pour l’offrir à la maternité ou au vin d’honneur. Souvenir et effet garantis.

Marie au pays de ses merveilles

On lui suggère que la grande tendance actuelle, c’est la fabrication de bijoux à l’aide des fameuses perles Swarovski, ou de leurs imitations. C’est vrai que c’est un succès qui perdure, répond Marie, mais le « pic »

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est passé. Aujourd’hui, ce qui émerge, c’est la personnalisation des vêtements, des accessoires de mode. Devant notre incrédulité, elle nous mène dans un recoin de son officine. Des peintures pour vêtements permettent toutes les audaces, du classique prénom à la peinture en relief, « gonflante ». On peut aussi travailler d’abord sur un support plastique, ce qui permet de décalquer par transparence des motifs, des dessins, des caractères, reprend Marie. Puis on l’applique sur le tissu. Et ça résiste au lavage ? Si on respecte les consignes, bien sûr. Il faut parfois appliquer le fer à repasser pendant trois minutes, et trois minutes, c’est long !

Puis Marie nous montre des chaussures de plage pour enfant décorées de fleurs, d’insectes, un sac de femme, des tee-shirts, ou ce tablier décoré d’une pomme orange. Nous avons coupé une vraie pomme en deux pour nous en servir comme d’un cachet, précise-t-elle, avant d’enchaîner : Une autre grande nouveauté qui s’impose, c’est le scrapbooking. Pour ceux qui l’ignorent encore, le scrapbooking est l’art de mettre en scène vos photos : découpes savantes, mise en page et décoration à l’aide de cartons, de cachets, de ficelles et d’une bonne dose d’imagination ou de modèles. Un rayon entier d’outils de découpe, de bouquin, d’albums à relier, à recouvrir. Une mine d’idées et... un appel à la dépense, à l’heure de la photo numérique ! Et les photophores aussi ont du succès, surtout pour les fêtes, intervient encore notre hôte. Ah bon ? Mais oui, vous savez bien : ces petits pots en verre décorés, peints ou recouverts, et animés de l’intérieur par une bougie. Ce sont eux, les photophores de notre Ficelle.

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Marie au pays de ses merveilles est décidément prolixe, mais on la sent comblée. Comme si son enfance avait finalement éclos dans sa maturité. Mes plus beaux souvenirs d’enfance, dévoile Marie, sont en effet liés aux choses que je fabriquais (comme des plumiers, des signets) aux ateliers vannerie à l’école et à ces préparatifs de Noël, chez une copine, où l’on façonnait des décorations. Mais vous savez, j’ai fait mon droit, précise-telle. J’ai travaillé pendant 14 ans en entreprises, comme juriste. Et puis, vers 36 ans, je me suis aperçue que cette vie de bureau n ’était pas pour moi. J’ai compris que j’étais une « manuelle », que j’avais subi.l’influence de mon entourage, qui voulait que lorsqu’on est doté d’intelligence, on doit se lancer dans un métier intellectuel. Mais, pour moi, c’était une erreur. Ce qui m’apportait le plus de satisfaction, c’est ce que je fabriquais moi-même. Il y avait toujours du monde dans un magasin que je fréquentais. Et le succès du salon Creativa m’a décidé à tout plaquer. Il y avait une telle foule ! Il se passait là quelque chose. J’ai fait mon étude de marché, je me suis fait aider par une ASBL d’aide aux jeunes entreprises. J’ai cherché le lieu et, quelques mois plus tard, je me lançais. Beaucoup m’ont pris pour une demi-folle !

Une image de soi positive

Mais au bout de ce saut dans l’inconnu, c’est la réussite. Les ateliers organisés en mezzanine rencontrent

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un grand succès auprès des enfants, durant les congés scolaires ou en formule anniversaire. Trois fois sur quatre, ces enfants-là sont d’ailleurs des filles. Mais il y a aussi un public adulte. C’est vrai que ce sont à 95 % des femmes, reconnaît Marie Gatz, mais il y en a de tous âges. La mamy ou la maman qui tâche d’occuper les enfants, l’enseignante à la recherche d’idées bricolage. Mais nous avons aussi des groupes de collègues qui viennent vite durant leur pause de midi. Nous avons également organisé des formations pour des responsables de réinsertion de jeunes en difficulté ou pour des accompagnateurs de personnes handicapées. Sans parler des petits groupes de copines Qui viennent en soirée, pendant que les maris gardent les enfants ! Tous publics, vraiment ? Le budget n’est-il pas parfois un frein ? Bien entendu. Toutes ces techniques ont un coût L’Union européenne, par exemple, a pas mal de bureaux dans les environs et c’est une belle clientèle. Comme l’école japonaise d’Auderghem Le phénomène est très présent au Japon, paraît-il. Mais c’est un loisir très répandu chez les femmes actives, Evitons de sombrer dans le stéréotype de la riche femme dés ?uvrée qui cherche à s’occuper.

D’où vient le succès ? La passion et le sens du conseil. Mais pas seulement. N’y a-t-il pas un phénomène de fond ? Oui, certainement. Et plusieurs facteurs l’expliquent. Ici, détaille Marie, on ne fait pas de beaux-arts, mais ce n ’est pas non plus un magasin de bricolage ! Aujourd’hui, on dissocie beaux-arts et créativité. On peut être imaginatif sans être un artiste et sans y consacrer des années de formation, Et cette prise de conscience est neuve. Et puis, il y a le plaisir de recycler des objets en les décorant, même s’il arrive qu’on achète des objets neufs que l’on vieillit ensuite. Il y a sûrement la joie de s’approprier les choses, de les personnaliser. Cela permet d’éviter d’avoir tous le même intérieur, sur un même moule, type Ikea.

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Et, sans faire de la psychologie facile, il y a le plaisir de faire les choses soi-même. C’est comme une minithérapie. On a une certaine fierté devant ce qu’on réalise et on en reçoit une certaine reconnaissance. On fabrique une image de soi positive. Et puis, c’est comme un retour aux valeurs ancestrales. On passe du temps avec les objets. On est aux antipodes du vite consommé. Le paradoxe, c’est que les techniques qui rencontrent le plus de succès sont justement celles gui ne prennent pas trop de temps ! De plus, l’industrie a très bien senti cette tendance. Elle offre aujourd’hui toutes sortes de produits qui n’existaient pas naguère. Des vernis. Des peintures. Des tas de colles différentes. C’est la conjonction de tous ces éléments qui explique sans doute le succès de ces formules.

Les loisirs créatifs : un parfum de nostalgie dans un jardin d’enfants (devenus grands), où Ali Baba et le Père Pritt se rencontrent. Au bonheur d’Onc’ Picsou... [D. D’A.]

Marie Ficelle, 63 lue du Relais, 1050 Bruxelles (Ixelles). 02-660.81.90. Fax : 02-675.95.41 Site internet : Marieficelle.be Courriel : info@marieficelle.be Ateliers : entre 15 et 30 euros la séance (2 heures et demie), te prix pouvant varier selon le type de matériel utilisé (pas toujours compris dans te prix). Stages d’été 55 euro ; pour 5 demi-journées, matières incluses. Après-midi anniversaire (le samedi) : 13 euros par enfant (min. 6 enfants, max. 12 enfants), un seul groupe par après-midi.

Source : Le journal Le Soir

 
 
 
 

_Marie ficelle - 63 rue du Relais - 1050 Bruxelles (Ixelles) - Belgique
Tél : 02/660 81 90 Courriel : info@marieficelle.be
Magasin ouvert du mardi au samedi de 10h à 18h. Fermé le lundi.
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